stress et immunité
La physiologie en clair, Stress, psychologie et émotions

Comment renforcer son immunité ? (Partie 3/Le stress et l’immunité)

Après l’assiette, vient le moment de se pencher sur son stress, ses émotions, son mental et les conséquences du stress sur notre immunité…

Bref, sur ses pensées conscientes et inconscientes, et la façon de gérer tout ça !

Car oui, bien sûr, nos pensées et notre moral influencent le fonctionnement physiologique de notre corps, et notamment l’efficacité de notre système immunitaire.

Vous le savez bien d’ailleurs, puisque l’on attrape bien plus facilement tout ce qui traine quand on est stressé et fatigué.

La notion de psychosomatique n’est donc plus ignorée aujourd’hui, que ce soit par le corps médical ou par tout un chacun, même si elle conserve encore parfois un part d’ironie, voire un sous-entendu négatif du style : « c’est dans votre tête tout ça… ».

 

Des liens physiologiques bidirectionnels entre système nerveux et système immunitaire = stress et immunité communiquent dans les 2 sens !

Des pièces du puzzle isolées…

stressEn raison de la compartimentation des disciplines qui ont façonné le paysage académique de la biologie et des sciences biomédicales dans le passé, les systèmes physiologiques ont longtemps été étudiés isolément les uns des autres.

Cela a été particulièrement le cas pour le système immunitaire.

En conséquence, les immunologistes ont mis longtemps à accepter le concept selon lequel le système immunitaire n’est pas autorégulé mais fonctionne en association étroite avec le système nerveux, notamment.

Ces associations sont présentes à différents niveaux d’organisation. Explorons un peu plus lesquelles…

… à une vision globale du puzzle

Au niveau local, il existe des preuves évidentes :

  • d’une part de la production et de l’utilisation de facteurs immunitaires par le système nerveux central,
  • et d’autre part de la production et de l’utilisation de médiateurs neuroendocriniens par le système immunitaire.

Autrement dit, les cellules nerveuses et les cellules immunitaires partagent un langage commun et communiquent abondamment entre elles…

relations bidirectionnellesDes relations bidirectionnelles…

Des terminaisons nerveuses innervent les organes lymphoïdes immunitaires (ganglions, rate, tissu immunitaire des muqueuses…). Le système immunitaire se sert de ces terminaisons nerveuses pour recruter des éléments neuronaux locaux nécessaires à un réglage fin de la réponse immunitaire.

Réciproquement, les cellules immunitaires régulent le fonctionnement nerveux. Elles participent  notamment à la plasticité neuronale au cours du développement et à l’âge adulte.

… à l’échelle du corps entier

Au niveau de l’organisme tout entier, des interactions à longue distance entre les cellules immunitaires et le système nerveux central permettent au système immunitaire d’engager le reste du corps dans la lutte contre une infection et permettent au système nerveux de réguler le fonctionnement immunitaire.

 

stress et immunité

Figure : Représentation schématique des interactions neuro-immunes (d’après Dantzer, 2017). La communication à longue distance entre le système nerveux central et le système immunitaire se fait principalement via des voies neuronales (flèches bleues) et beaucoup moins via des facteurs neuroendocriniens circulants (circulation sanguine, flèches rouges). La communication à longue distance via les voies neuronales est bidirectionnelle, du système nerveux central au système immunitaire et vice versa.

 

Ainsi, en langage courant, nous pouvons donc dire que défenses naturelles et cerveau communiquent en permanence et fonctionnent main dans la main.

Et quand ça dérape !

stopAujourd’hui, des altérations dans les voies de communication entre le système immunitaire et le système nerveux peuvent expliquer de nombreuses pathologies initialement attribuées à un dysfonctionnement strict des organes.

Cela s’applique en particulier aux troubles psychiatriques et à plusieurs maladies à médiation immunitaire.

Ainsi, le cerveau peut interférer avec l’immunité.

En particulier, le stress psychologique chronique inhibe de nombreuses fonctions immunitaires, au point de favoriser l’émergence de maladies très diversifiées telles que les maladies inflammatoires chroniques, le cancer, les maladies cardiovasculaires, les infections virales aiguës et chroniques, la septicémie ou l’asthme… !

Dans l’autre sens, l’inflammation périphérique chronique, qu’elle soit légère (au cours du vieillissement par exemple) ou sévère (maladies inflammatoires chroniques), interfère clairement avec la fonction cérébrale, occasionnant éventuellement des séquelles aux maladies physiques comme la fatigue, voire des troubles psychiatriques manifestes.

Globalement, alors que le stress à court terme peut être protecteur, et même stimulant immunitaire, le stress chronique, subi à long terme, est toujours nocif et immunosuppresseur.

Bon, une fois que ça, c’est dit, qu’est-ce qu’on en fait ?

J’imagine que vous vous en doutez… Renforcer ses défenses immunitaires passe aussi par prendre soin de son stress, et donc de son cerveau !

 

Prendre soin de son cerveau et de son stress, pour prendre soin de son immunité

Si ces deux systèmes sont si inextricablement liés, il devient donc évident et nécessaire de prendre soin de son cerveau.

De très nombreuses études montrent que les altérations immunitaires se produisent en réponse :

  • à la fois au stress psychologique et physique,
  • et à la dérégulation du système immunitaire.

Par exemple, cette dérégulation immunitaire, manifestée très souvent par une inflammation chronique, est un élément clé des troubles psychiatriques tels que la dépression.

Donc oui, la dépression, c’est avant tout un problème inflammatoire… et donc immunitaire !

Les possibilités sont multiples

Aujourd’hui, des études cliniques menées sur l’homme mettent ainsi en avant l’intérêt des thérapies cognitivo-comportementales et des thérapies corps-esprit (comme la réduction du stress basée sur la pleine conscience, le tai chi, le yoga, la méditation…) dans la prévention de maladies telles que le cancer du sein.

stress et immunitéLa méditation de pleine conscience par exemple (programme de 8 semaines intensif) :

  • diminuerait les marqueurs de l’inflammation,
  • augmenterait l’activité et le nombre de lymphocytes T4
  • et ralentirait le vieillissement biologique.

La pratique de la cohérence cardiaque diminuerait également les marqueurs inflammatoires et le taux de cortisol circulant, la principale hormone du stress chronique.

Enfin, plusieurs études ont montré qu’une pratique spirituelle est associée à une réduction des cytokines pro-inflammatoires et une augmentation des fonctions immunitaires nécessaires pour résister à l’infection.

Le choix est donc vaste, même si les études dans ce domaine sont encore relativement peu nombreuses.

Il ne vous reste donc plus qu’à choisir la pratique qui vous convient le plus… et à pratiquer !

Qui dit système immunitaire dit donc système nerveux…

Et qui dit système nerveux… dit aussi microbiote ! (Je suis sure que celui-là, vous l’aviez ?!)

Et oui, ce troisième larron n’est pas à négliger, puisque les trois jouent de paires !

 

Prendre soin de son microbiote, pour prendre soin de son cerveau…

Il existe maintenant un grand nombre de preuves pour étayer l’idée que le système immunitaire est une voie de communication clé entre l’intestin et le cerveau. En fait, ce n’est plus seulement une idée. Aujourd’hui, on peut clairement dire que c’est un fait !

Le microbiote intestinal est un écosystème complexe.

On estime que les bactéries dans l’intestin pèsent entre 1 et 2 kg chez l’homme adulte et que ces microbes produisent non seulement des peptides antimicrobiens, des acides gras et des vitamines, mais aussi la plupart des neurotransmetteurs (molécules produites et libérées par les neurones) courants trouvés dans le cerveau humain.

Que le contenu microbien de l’intestin joue un rôle clé dans le développement immunitaire est désormais incontestable.

Il est clair également que le système immunitaire et le système nerveux sont en communication continue afin de maintenir un état d’équilibre propice au bon fonctionnement de l’organisme.

Finalement, on sait maintenant que l’axe cerveau-intestin-microbiote régule les réponses immunitaires et, ce faisant, influe sur le comportement, à la fois normal et pathologique.

Même si bien sûr, il subsiste encore des lacunes dans la compréhension des processus expliquant l’effet du microbiote intestinal dans la coordination du dialogue entre les deux systèmes nerveux et immunitaire.

Bref, vous l’aurez compris, pour prendre soin de son immunité, il faut aussi choyer son cerveau… et ses intestins. Pour ces derniers, pensez évidemment d’abord à votre alimentation !

J’ai déjà écrit plusieurs articles sur le microbiote et les intestins (qu’est-ce qu’un microbiote sain ?, la dysbiose et les stress, comment en prendre soin ?) , alors n’hésitez pas à vous y référer si vous voulez aller plus loin dans votre compréhension de ce merveilleux corps humain !

intestins et immunité

 

Pour une conclusion holistique !

On est donc loin de cette vision morcelée de l’organisme, où chaque organe ou système serait indépendant des autres…

Le corps humain est un tout, où le fonctionnement harmonieux de chaque cellule nécessite celui de l’organisme entier.

Ces compréhensions, aussi mécanistes et fonctionnelles soient-elles, m’amènent également à rappeler une conséquence importante : on ne peut être le spécialiste d’un système (immunologue, cardiologue, phlébologue… ou que sais-je encore !) sans s’intéresser a minima à ce qui se passe ailleurs, et à prendre le recul nécessaire pour progressivement discerner la grande image, celle qui nous montre dans notre entièreté… jusqu’à nos émotions, sentiments, pensées et croyances… Bref, à ce qui fait notre vie et la vie humaine.

N’hésitez pas à commenter, je suis très intéressée par ce que vous pourriez penser de tout cela !

 

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