rhinite allergique
Troubles et pathologies

La rhinite allergique : comment ça marche ?

Ça y est : le printemps est là, et avec lui son cortège de nez qui coulent, d’yeux larmoyants et d’éternuements intempestifs ! Votre rhume des foins reprend de plus belle, et toujours plus tôt que les années précédentes. Bon retour au pays de la rhinite allergique !

Et non, cette problématique n’est pas anecdotique. Aujourd’hui, la rhinite allergique est un problème de santé mondial qui provoque des maladies et des handicaps majeurs dans le monde entier. Des études épidémiologiques ont montré que la prévalence de la rhinite allergique augmentait progressivement au cours des dernières décennies dans les pays plus développés et touchait actuellement jusqu’à 40% de la population mondiale. J’aurais l’occasion de revenir sur l’importance de ce trouble dans un autre article.

Afin de comprendre un petit peu plus ce qui se passe dans l’organisme à l’occasion de ces manifestations intempestives, je vous propose dans cet article de faire un point sur la définition de la rhinite allergique, puis d’en expliquer les mécanismes immunitaires sous-jacents.

 

Définitions

La rhinite allergique, autrement dit le rhume des foins, est une maladie chronique des voies respiratoires très fréquente.

Ce trouble du nez symptomatique se définit comme une inflammation infectieuse associée à une réponse inflammatoire des muqueuses respiratoires supérieures aux allergènes. Je reviens ci-dessous sur la notion d’allergènes.

Les symptômes, vous les connaissez bien, comprennent les crises d’éternuements, les rhinorrhées (autrement dit le nez qui coule !), la congestion nasale et les démangeaisons du nez, des yeux et du palais.

Vous avez dit allergènes ?

Les allergènes, ce sont justement toutes les petites molécules, toutes les « petites poussières » à l’origine de vos symptômes.

Les allergènes les plus fréquents sont les pollens, 1ère causes de troubles allergiques.

En France, les pollens les plus allergisants sont le noisetier, le frêne, le bouleau, les graminées et l’armoise.

Il existe même un terme réservé aux méfaits de ces pollens sur notre système respiratoire : la pollinose !  La pollinose est définie comme l’apparition de symptômes respiratoires (rhino-conjonctivite et/ou asthme) résultant de l’inhalation de pollen auquel l’individu est sensibilisé.

Outre les pollens, les acariens et les squames et phanères (poils et particules de peau) des animaux sont aussi des allergènes fréquents. Qui ne connait pas quelqu’un allergique aux poils de chat ?

Rhinite ou rhiniteS ?

Ancienne classification

L’ancienne classification des rhinites allergiques distinguaient :

  • la RA saisonnière, où l’apparition des symptômes est bien sûr saisonnière (et due aux aéroallergènes : pollen des arbres et des graminées essentiellement),
  • et la rhinite allergique pérenne, ou per-annuelle, avec une apparition des symptômes toute l’année et des symptômes qui durent au moins 6 mois (et dus aux allergènes type acariens et squames d’animaux).

Aujourd’hui

La nouvelle classification préfère catégoriser la RA en rhinite intermittente ou persistante, qui peut être légère, modérée ou sévère.

 

Rhinite intermittente

Symptômes < 4 jours par semaine

ou < 4 semaines consécutives

Rhinite persistante

Symptômes > 4 jours par semaine

ou > 4 semaines consécutives

légère

Modérée-sévère

Troubles du sommeil

aucun

Au moins un

Troubles lors d’activités sportives, loisirs et activités de la vie quotidienne
Impact sur les performances scolaires/professionnelles
Symptômes très gênants

Tableau d’après Brandstätter H. et al. 2013. La rhinite allergique. Hôpitaux universitaires de Genève.

La rhinite allergique locale

La rhinite allergique locale en est une forme récemment décrite. Les patients qui en sont atteints présentent les symptômes cliniques typiques de la rhinite allergique (rhinorrhée, obstruction nasale, démangeaisons, éternuements et les symptômes oculaires associés), mais sans sensibilisation systémique classique. Autrement dit, les manifestations symptomatiques et les manifestations immunitaires sont uniquement locales (muqueuse nasale) et ne s’expriment pas ailleurs dans le corps. Les tests sanguins ou les tests cutanés sont donc négatifs. Seul un test de provocation locale (en clair, l’inhalation de l’allergène) permet d’identifier le ou les allergène(s) coupable(s).

La prévalence n’est pas connue, mais un certain nombre de patients ayant déjà reçu un diagnostic de rhinite non allergique ou idiopathique (autrement dit d’origine inconnue) sont maintenant classés comme ayant une rhinite allergique locale aux acariens, graminées, pollens d’olivier…

 

Les mécanismes immunitaires de la rhinite allergique

Lorsque l’on veut lutter, ou au moins diminuer les problématiques liées à une pathologie, il est indispensable d’en connaitre les mécanismes. Car pour agir intelligemment, il faut comprendre.

Si l’on recherche les mécanismes immunitaires de la rhinite allergique dans la littérature, on peut lire :

« Les symptômes de la rhinite allergique résultent d’une inflammation de la muqueuse nasale induite par un allergène inhalé, caractérisée par une réponse immunitaire à dominance Th2 associée à une augmentation des taux d’IgE sériques. »

Tout ceci mérite évidemment quelques explications !

Commençons par présenter brièvement celui qui est normalement chargé de nous défendre contre les agresseurs internes et externes : le système immunitaire.

Définition et rôles du système immunitaire

Le système immunitaire regroupe l’ensemble des éléments dont un organisme dispose pour se protéger contre toutes formes d’agressions, y compris celles qui sont liées à son propre fonctionnement ou dysfonctionnement.

Il a pour fonctions fondamentales :

  • la définition de l’individu (grâce au système HLA),
  • la reconnaissance des signaux étrangers (ce que l’on appelle le « non soi »)
  • et l’organisation de la défense du « soi ».

Le système immunitaire doit donc reconnaitre et tolérer le « soi génétique » (ce qui sinon résulterait en une pathologie auto-immune) et ses « amis » (le « soi biologique », qui inclut tous nos partenaires, en particulier notre microbiote) et rejeter le « non soi » (les antigènes des virus, bactéries, champignons… pathogènes) et le « soi altéré » (tel que les cellules cancéreuses).

Heureusement, pour accomplir l’ensemble de ces fonctions indispensables à notre santé et notre survie, le système immunitaire est doté d’un ensemble de tours de guet, sentinelles et soldats bien affutés.

L’organisation du système immunitaire

On distingue classiquement deux principaux types de résistance à la maladie :

Les défenses innées

Elles constituent la résistance non spécifique : présente à la naissance, c’est une protection immédiate mais générale contre un large éventail d’agents pathogènes.

Ces mécanismes de défense fonctionnent toujours de la même façon, quel que soit l’intrus, et comprennent deux lignes de défense :

  • La 1ère barrière inclut les barrières physiques (mécaniques), chimiques (sécrétions cutanées et muqueuses) et biologiques (flores) superficielles de la peau et des muqueuses
  • La 2ème barrière implique l’intervention des défenses non spécifiques internes telles que les protéines antimicrobiennes (interféron, lactoferrine…), les cellules NK (Natural Killer), les phagocytes (qui littéralement « mangent » les intrus), la réaction inflammatoire et la fièvre.

L’immunité au sens strict

Elle constitue la résistance spécifique, qui s’établit à la suite d’un contact avec un envahisseur précis (l’antigène), s’installe plus lentement, et passe par l’activation de cellules immunitaires particulières, spécifiques de l’antigène et capables de combattre des envahisseurs déterminés.

Les agents principaux de cette résistance spécifique sont les lymphocytes B (LB) et les lymphocytes T (LT). Or ces cellules ne peuvent reconnaitre que des antigènes qui sont traités et présentés d’une certaine manière par des cellules dites présentatrices d’antigènes. Ces cellules présentatrices appartiennent pour la plupart aux défenses innées. La présentation d’un antigène par ces cellules informe alors les lymphocytes que des intrus sont présents dans l’organisme et déclenche le branle-bas de combat.

Défenses innées et immunité sont donc étroitement liées. Un système immunitaire en santé nécessite donc que les deux formes de défenses soient elles-mêmes en bonne santé !

L’immunité au sens strict comprend deux types de réponses étroitement liées, toutes deux déclenchées par les antigènes :

  • La réponse immunitaire à médiation cellulaire, qui produit des lymphocytes T dits cytotoxiques capables d’attaquer directement l’antigène envahisseur. C’est la voie dite Th1, la plus efficace contre les agents pathogènes intracellulaires (virus, certaines bactéries) et les cellules cancéreuses.
  • La réponse immunitaire humorale, qui, via l’activation des LB, produit des anticorps ou immunoglobulines Ig. Ces anticorps peuvent se lier à un antigène et l’inactiver. C’est la voie dite Th2, la plus efficace contre les agents pathogènes présents dans les liquides de l’organisme et les agents pathogènes extracellulaires (bactéries et champignons principalement).

Et au final…

Ainsi, en fonction de son emplacement, un même agent pathogène peut déclencher les 2 types de réponses immunitaires. Notons également qu’un système immunitaire en bonne santé repose obligatoirement sur l’équilibre entre les deux réponses immunitaires : Th1 et Th2.

Lorsque la voie Th2 est dominante, les problématiques d’allergie et d’intolérance peuvent s’installer.

Ceci expliqué, on comprend dès lors mieux la phrase initiale : « les symptômes de la rhinite allergique résultent d’une inflammation de la muqueuse nasale induite par un allergène inhalé, caractérisée par une réponse immunitaire à dominance Th2 associée à une augmentation des taux d’IgE sériques. »

Les deux types de défense sont donc concernés dans la rhinite allergique : l’inflammation (défenses innées) ouvre la voie à l’immunité Th2 avec production d’une classe particulière d’anticorps appelés IgE.

Le système immunitaire dans l’allergie

Les deux phases de l’allergie

Deux phases successives mènent à l’allergie :

  • Une phase de sensibilisation
  • Et la phase allergique proprement dite.
La phase de sensibilisation

Comme dans le cas d’autres maladies allergiques, la réponse immunitaire commence par une phase de sensibilisation.

Lorsque la muqueuse nasale est exposée à un allergène, celui-ci est capturé et traité par des cellules présentatrices d’antigènes, présentes sous la muqueuse. Ces cellules présentent alors l’antigène aux lymphocytes T qui, ainsi activés, se différencient ensuite en cellules Th2.

Ces cellules de la voie Th2 produisent plusieurs molécules messagères appelées cytokines. Il existe de nombreuses cytokines, partout dans l’organisme. Les Th2 sécrètent particulièrement des cytokines IL-4, IL-5 et IL-13.

Ces cytokines favorisent ensuite la stimulation et la maturation d’autres cellules immunitaires : les lymphocytes B qui produisent des anticorps particuliers, appelés IgE, spécifiques de l’allergène de départ.

Ces IgE viennent ensuite se lier à d’autres cellules immunitaires : les mastocytes et des basophiles, et les sensibilisent à l’allergène en question.

La phase allergique

La phase allergique démarre par la réexposition du sujet sensibilisé à ce même allergène. Une cascade d’évènements se met en place rapidement, menant, par la suite, aux symptômes de la rhinite allergique.

Les réponses immédiates (réaction de l’ordre de quelques minutes) font intervenir les mastocytes et les basophiles déjà sensibilisés qui produisent alors une grande quantité de molécules entrainant collectivement :

  • une vasodilatation,
  • une production de mucus
  • ainsi qu’une stimulation des nerfs sensoriels,

évoquant les symptômes de démangeaisons nasales, rhinorrhée, éternuement et congestion bien connus des victimes du rhume des foins.

La réaction en phase tardive (de 2 à 6 heures le plus souvent après l’exposition à l’allergène) fait elle aussi intervenir un grand nombre de médiateurs moléculaires et cellulaires et se caractérise par une prolongation de l’inflammation locale et des symptômes.

Les rôles des défenses innées dans la rhinite allergique

Les rôles de l’immunité spécifique tels que décrits précédemment sont connus depuis assez longtemps maintenant. En revanche, ce n’est que récemment que les réponses innées aux pollens et à leurs composants ont été décrites.

Les pollens contiennent en effet de nombreux facteurs pouvant stimuler une réponse immunitaire innée : enzymes, protéines, lipides, antigènes. Chacun d’entre eux stimule les défenses innées de manière différente !

Mais tous au final induisent une inflammation allergique des voies respiratoires.

Le stress oxydatif dans la rhinite allergique

La contribution du stress oxydatif à la pathogenèse de l’asthme et des maladies allergiques est un domaine de recherche important. Des facteurs environnementaux tels que les particules fines, les gaz d’échappement de diesel, le tabagisme et les pollens peuvent induire la production de nombreux types de radicaux libres différents (anion superoxyde, peroxyde d’hydrogène…), en particulier au niveau des cellules pulmonaires et bronchiques.

Or, ces radicaux libres favorisent l’inflammation allergique en modifiant la fonction des cellules présentatrices d’antigènes et en modulant l’équilibre Th1/Th2.

De manière similaire à la muqueuse des voies respiratoires, l’exposition des personnes sensibles à des pollens génère la production de radicaux libres dans la conjonctive de l’œil. Cette agression oxydative favorise le recrutement des cellules inflammatoires dans la conjonctive. Il s’en suit une conjonctivite allergique et l’effet bien connu du rhume des foins sur les yeux : le larmoiement.

Des jonctions serrées… desserrées !

Certaines enzymes de pollen, des protéases, sont capables d’endommager les muqueuses bronchiques et pulmonaires. Ainsi, elles induisent une porosité de l’épithélium pulmonaire et altèrent son rôle de barrière.

Les allergènes de pollen peuvent alors passer dans les voies respiratoires, sont davantage captés par les cellules présentatrices sous-jacentes et entrainent une sensibilisation et une inflammation. C’est le cas par exemple du pollen de l’olivier, des dactyles (l’herbe à chat), du cyprès commun, du bouleau blanc ou du pin sylvestre.

Or, la fonction de barrière de l’épithélium des voies respiratoires est déjà altérée chez les patients asthmatiques, d’où potentiellement des dommages supplémentaires.

Une stimulation des défenses innées qui se répercute sur l’immunité adaptative

D’autres protéines polliniques modulent aussi les réponses immunitaires en activant les cellules souches sanguines. Ces cellules souches sont les précurseurs des cellules sanguines, et notamment des lymphocytes. Ainsi, le pollen est capable d’activer ces cellules et d’induire la production des cytokines Th2 mais non Th1. Le pollen de bouleau par exemple a cette étonnante capacité.

Et de nombreux autres mécanismes encore à l’étude !

Le pollen contient également de nombreuses molécules lipidiques, telles que des acides gras, des stérols, des alcools gras… Parmi ces lipides, plusieurs stimulent les cellules présentatrices d’antigènes et induisent des productions différenciées de cytokines. Indirectement, une fois encore, c’est la voie Th2 qui est alors nettement activée, au dépend de la voie Th1.

Étant donné que les réponses immunitaires innées aux pollens surviennent rapidement, en quelques minutes, la clarification de ces événements mécanistes précoces conduira probablement à la mise au point de stratégies et de médicaments qui empêcheront l’initiation de la sensibilisation allergique chez les patients naïfs et bloqueront l’induction d’une inflammation allergique chez les patients sensibilisés.

 

En guise de conclusion

Les mécanismes immunitaires qui sous-tendent la rhinite allergique, qu’elle soit au pollen ou à d’autres allergènes, ne sont donc pas simples. Et loin d’être encore tous élucidés.

Il apparait cependant que le fonctionnement équilibré de l’immunité, aussi bien entre défenses innées et immunité stricte, qu’entre les voies Th1 et Th2 de l’immunité stricte, est une condition nécessaire à un système immunitaire fort mais non délétère pour la santé. Ces équilibres nous préservent en effet des allergies, mais également des maladies auto-immunes, une autre manifestation d’un déséquilibre immunitaire.

Or, vous le savez bien maintenant, la qualité de notre immunité et donc de notre santé démarre dans notre intestin, au contact étroit avec le microbiote que nous hébergeons.

Il est clair aujourd’hui que la rhinite allergique est favorisée par le déséquilibre immunitaire, lui-même en lien avec une dysbiose intestinale et souvent une hyper-perméabilité de la muqueuse intestinale. Ce qui ouvre également de nombreuses perspectives quant aux moyens de lutter contre ce trouble grandissant, via l’alimentation santé notamment. A suivre !

 

Peut-être que vous aussi vous souffrez de rhinite allergique ? Témoignez en commentaires de l’importance que ces troubles occupent dans votre vie de tous les jours… et partagez !

 

Sources et références scientifiques :

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