Les réveils nocturnes font partie des plaintes les plus fréquentes en matière de sommeil. Ils correspondent à des périodes d’éveil survenant au cours de la nuit, parfois brèves, parfois prolongées, et souvent associées à une difficulté à se rendormir.
Sur le plan médical, on parle de difficultés de maintien du sommeil (DMS), ou encore de temps d’éveil après endormissement (WASO) lorsqu’on quantifie précisément ces épisodes.
Contrairement à une idée répandue, ces réveils ne sont pas toujours pathologiques. Le sommeil humain est naturellement fragmenté. La question n’est donc pas tant “pourquoi se réveille-t-on ?”, mais plutôt : pourquoi ces réveils deviennent-ils conscients, prolongés ou problématiques chez certaines personnes ?
Pour le comprendre, il faut revenir à la physiologie du sommeil et aux systèmes qui en assurent la stabilité.

Le sommeil n’est pas continu : une organisation cyclique par nature
Le sommeil alterne entre deux grands états neurobiologiques :
- le sommeil NREM (léger puis profond)
- le sommeil REM (sommeil paradoxal)
Ces états s’enchaînent en cycles d’environ 90 minutes. À chaque transition, le cerveau traverse une zone de vulnérabilité transitoire où un éveil peut survenir.
Ces micro-réveils sont donc en partie structurels : ils reflètent le fonctionnement normal d’un système complexe, et non un dysfonctionnement en soi.
On estime ainsi qu’un adulte jeune peut présenter 10 à 20 micro-éveils par heure, et jusqu’à environ 27 chez la personne âgée en bonne santé, sans que cela ne traduise une pathologie.
Pourquoi le sommeil se fragmente : une instabilité des systèmes de contrôle
Le sommeil dépend d’un équilibre dynamique entre deux systèmes opposés : les systèmes de l’éveil et les systèmes du sommeil.
Ce fonctionnement est souvent décrit comme un “flip-flop switch”, un mécanisme binaire censé éviter les états intermédiaires instables.
Lorsque ce système devient instable, le cerveau oscille entre veille et sommeil, ce qui favorise les réveils nocturnes.
Orexine, VLPO et équilibre veille-sommeil
L’orexine est un neuropeptide produit par l’hypothalamus (autrement dit une petite molécule produite au centre du cerveau) qui stabilise l’état d’éveil. Elle agit comme un “verrou” de la vigilance.
En parallèle, le noyau ventrolatéral préoptique (toujours dans le cerveau, mais désolée pour le nom !) favorise l’endormissement en inhibant les systèmes d’éveil.
Lorsque l’activité orexinergique reste trop élevée ou que le noyau ventrolatéral préoptique est insuffisamment actif, le sommeil devient instable, avec des intrusions d’éveil plus fréquentes.
Le rôle du stress et du cortisol nocturne
Le stress active l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, entraînant une sécrétion de cortisol par les surrénales.
Normalement, le sommeil profond inhibe cette activité.Et le taux de cortisol ne remonte qu’au petit matin.
Mais en situation d’hyperactivation, le cortisol reste élevé durant la nuit, ce qui augmente la vigilance cérébrale, fragmente le sommeil profond et facilite les réveils nocturnes.
Et devinez quoi ? L’orexine stimule l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien !
Cortisol et orexine partagent donc une fonction commune de promotion de la vigilance.
Ce mécanisme est particulièrement fréquent dans les états d’hyper-éveil physiologique, souvent observés dans les troubles du sommeil chroniques. On observe alors une hyperactivité du système à oréxine couplée à une augmentation du taux de cortisol nocturne. Cet état d’hyper-éveil empêche le cerveau de basculer vers un sommeil stable et profond.
Et à l’inverse, un manque de sommeil peut augmenter l’activité de l’oréxine, ce qui perturbe les cycles normaux du cortisol et nuit à la récupération après un effort ou un stress… Un vrai cercle vicieux !

Pourquoi les réveils surviennent souvent à 3h ou 4h du matin ?
Ces horaires ne sont pas anodins.
Ils correspondent généralement à :
- la fin des premiers cycles de sommeil profond,
- une diminution de la pression de sommeil (Processus S),
- une remontée progressive du cortisol en préparation du réveil biologique.
À ce moment de la nuit, le sommeil devient naturellement plus léger, donc plus sensible aux micro-stimulations internes (hormones, glycémie, pensées) ou externes (bruit, lumière).
Les causes principales des réveils nocturnes
Les réveils nocturnes sont multifactoriels. Ils résultent rarement d’une cause unique.
Troubles du sommeil sous-jacents
Certaines pathologies fragmentent mécaniquement le sommeil.
C’est notamment le cas de l’apnée du sommeil (micro-éveils liés aux efforts respiratoires) et du syndrome des jambes sans repos (activation sensorimotrice nocturne).
Dans ces cas, les réveils sont physiologiquement nécessaires pour restaurer la ventilation ou réduire l’inconfort.
Hyper-éveil psychophysiologique
Dans de nombreux cas, le cerveau reste en état de vigilance excessive pendant le sommeil (sous la double action du cortisol et de l’orexine, dont les sécrétions sont stimulées par les stimuli émotionnels et les stress psychologiques).
Cela implique une activité persistante du cortex préfrontal (région de la cognition et de la pension consciente), une activation de l’amygdale (réponse émotionnelle, notamment de la peur et de l’anxiété), et des ruminations nocturnes.
Le lit peut alors devenir un signal conditionné d’éveil, renforçant le phénomène.
Alimentation et déséquilibres métaboliques nocturnes
Le métabolisme énergétique joue également un rôle central dans la stabilité du sommeil.
Une alimentation riche en sucres raffinés (indice glycémique élevé) peut provoquer des variations rapides de glycémie. Après un pic, une hypoglycémie réactionnelle peut survenir.
Le cerveau interprète alors cette baisse énergétique comme une menace et active des systèmes de contre-régulation : adrénaline, cortisol et orexine.
Ainsi, en cas de baisse de la glycémie, les neurones à oréxine s’activent pour inciter à la recherche de nourriture et favoriser l’éveil. Ce stress métabolique déclenche la sécrétion d’hormones de contre-régulation, dont l’adrénaline et le cortisol, qui provoquent des réveils nocturnes et fragmentent le sommeil. La ghréline (hormone de la faim) stimule à la fois les neurones à oréxine et l’axe ypothalamo-hypophyso-surrénalien, augmentant ainsi le cortisol tout en favorisant la vigilance.
Ces mécanismes combinés peuvent déclencher un réveil nocturne brutal.
De manière similaire, un repas tardif augmente la température corporelle et retarde les mécanismes physiologiques d’endormissement et de maintien du sommeil.
Ainsi, l’alimentation (quantité, qualité et timing des repas) peut clairement impacter la qualité du sommeil. Pour explorer plus en détail ces relations, n’hésitez pas à aller lire l’article dédié : Nutrition et sommeil, ce que dit vraiment la science.

Influences hormonales (chez la femme)
Les hormones féminines, principalement l’estradiol (œstrogène) et la progestérone, exercent une influence profonde et complexe sur la régulation du sommeil en agissant directement sur les noyaux du cerveau qui contrôlent l’éveil et le repos.
Leurs fluctuations cycliques tout au long de la vie reproductive (cycle menstruel, grossesse, ménopause et périménopause) sont des facteurs majeurs de fragmentation du sommeil et de réveils nocturnes.
La progestérone, notamment, possède des propriétés sédatives en modulant les récepteurs GABA. Sa diminution (en phase lutéale du cycle, lors du post-partum, et à la périménopause) peut augmenter la fragmentation du sommeil.
Ainsi, le déclin brusque de l’œstrogène et de la progestérone juste avant les règles (fin de phase lutéale) est associé à une augmentation des plaintes d’insomnie et à une moins bonne efficacité du sommeil. Chez les femmes souffrant de syndrome prémenstruel, les réveils nocturnes sont plus fréquents et le sommeil est perçu comme moins réparateur.
La transition vers la ménopause est la période où les troubles du maintien du sommeil sont les plus sévères, affectant 40 % à 60 % des femmes. Outre les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes, qui sont la cause principale des réveils prolongés, la baisse de l’estradiol est directement corrélée à une augmentation du WASO (temps d’éveil après l’endormissement = temps total des réveils nocturnes). En effet, les œstrogènes favorisent normalement un sommeil stable en agissant sur le système noradrénergique ; leur absence rend le cerveau plus vulnérable aux micro-éveils.
De plus, la sécrétion nocturne de mélatonine diminue spécifiquement avec la ménopause, ce qui nuit à la consolidation de la nuit.
Ainsi, les femmes présentent un risque d’insomnie 1,4 fois supérieur à celui des hommes, en partie à cause de la sensibilité accrue de leurs circuits neurologiques aux hormones.
Les réveils nocturnes sont-ils toujours problématiques ?
Non.
Les micro-éveils font partie du fonctionnement normal du cerveau. Ils ne deviennent problématiques que lorsqu’ils :
- sont longs ou conscients,
- entraînent une difficulté à se rendormir,
- s’accompagnent de fatigue diurne,
- surviennent fréquemment.
On parle alors de trouble du maintien du sommeil lorsque ces épisodes surviennent au moins 3 nuits par semaine pendant plus de 3 mois, avec impact fonctionnel.
Pourquoi il est difficile de se rendormir ?
Le problème principal n’est souvent pas le réveil lui-même, mais la réaction qui suit.
Lorsque le cerveau devient vigilant dans le lit, plusieurs mécanismes s’enclenchent avec, notamment, une activation du cortex préfrontal (analyse, anticipation), une augmentation de l’anxiété (“il me reste peu de sommeil”) et un renforcement du conditionnement lit = éveil.
Plus l’effort pour dormir est important, plus le système d’éveil est activé, créant un cercle vicieux.
Ce qui entretient les réveils nocturnes
Certains comportements aggravent la fragmentation du sommeil :
- regarder l’heure pendant la nuit
- rumination mentale
- consommation d’alcool (fragmentation en seconde partie de nuit)
- caféine tardive (blocage de l’adénosine)
- repas riches en sucres ou pris tardivement
L’alcool est particulièrement problématique : il peut faciliter l’endormissement mais supprime le sommeil paradoxal et augmente les micro-éveils en seconde partie de nuit.

Comment réduire les réveils nocturnes
L’approche efficace repose sur plusieurs leviers complémentaires.
Thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie (TCC-I)
C’est le traitement de première intention.
Elle agit sur deux mécanismes clés : la restriction du temps au lit pour augmenter la pression de sommeil et le contrôle du stimulus pour reconditionner le cerveau.
Dans certains cas, il est recommandé de sortir du lit en cas de réveil prolongé afin d’éviter l’association “lit = éveil”.
Stabilisation métabolique et chrono-nutrition
Le timing alimentaire influence directement la stabilité nocturne :
- dîner idéalement 2 à 3 heures avant le coucher
- éviter les repas à index glycémique élevé le soir
- limiter les variations glycémiques nocturnes
Ces ajustements réduisent les activations neuroendocrines nocturnes.
Pour en savoir plus, n’hésitez pas à aller lire l’article dédié : Nutrition et sommeil, ce que dit vraiment la science.
Environnement et régulation du système nerveux
Un environnement stable favorise la continuité du sommeil : obscurité complète, température fraîche et réduction des stimulations sonores.
Soutien neurochimique
Certains cofacteurs peuvent soutenir la relaxation neuronale, notamment le magnésium via son action sur les récepteurs GABA et la modulation du cortisol.
Vous réveiller la nuit n’est pas toujours « le problème » : c’est souvent un signal
Les réveils nocturnes ne relèvent pas tous de la même cause.
Chez certaines personnes, le facteur dominant est un hyper-éveil du système nerveux (stress, vigilance, ruminations). Chez d’autres, il s’agit surtout d’une pression de sommeil insuffisante, d’un rythme circadien décalé, d’habitudes qui fragmentent le sommeil… ou parfois d’un trouble sous-jacent comme l’apnée du sommeil.
Autrement dit : chercher une solution générique (“prendre du magnésium”, “manger autrement”, “tester la mélatonine”) ne cible pas toujours le vrai mécanisme.
Une approche plus efficace consiste à :
- comprendre pourquoi vos réveils surviennent,
- identifier vos leviers prioritaires,
- structurer des actions adaptées,
- puis ajuster progressivement selon votre évolution.
C’est précisément l’objectif de la Méthode Sommeil Réaligné : vous aider à passer d’une logique d’essais-erreurs à une démarche claire, physiologique et progressive.
Le programme vous guide pas à pas avec :
- Une méthode complète pour comprendre les mécanismes clés du sommeil
• Une cartographie personnelle pour identifier vos causes dominantes
• Un carnet de suivi pour observer vos progrès et ajuster votre stratégie
• Un guide décisionnel pour savoir quoi faire concrètement lors des nuits difficiles
Si vos réveils nocturnes deviennent fréquents, cette approche permet de travailler de manière structurée sur les causes réellement modifiables, plutôt que de multiplier les solutions dispersées.
Programme bientôt disponible !
Quand faut-il consulter ?
Une évaluation médicale est recommandée en cas de ronflements importants ou pauses respiratoires, de jambes inconfortables nocturnes, de fragmentation sévère et persistante ou de retentissement marqué sur la vigilance diurne.
Une exploration du sommeil (polysomnographie, par un médecin spécialiste du sommeil) peut alors être nécessaire.
Conclusion
Les réveils nocturnes ne sont pas systématiquement un dysfonctionnement. Ils reflètent souvent la dynamique normale du sommeil, mais deviennent problématiques lorsqu’ils sont conscients et durent dans le temps.
Dans la majorité des cas, le facteur déterminant n’est pas le sommeil lui-même, mais la régulation de l’éveil : stress, métabolisme, conditionnement comportemental et rythmes biologiques.
Comprendre ces mécanismes permet de sortir d’une logique de “lutte contre les réveils” pour entrer dans une approche plus efficace : stabiliser les systèmes qui régulent le sommeil dans leur ensemble.
FAQ
Pourquoi je me réveille plusieurs fois par nuit sans raison ?
Les réveils nocturnes résultent souvent d’une instabilité du mécanisme cérébral de « commutation » entre l’éveil et le sommeil. Ce phénomène d’hyper-éveil est alimenté par des neurones à oréxine trop actifs ou un taux élevé de cortisol nocturne lié au stress. Des facteurs métaboliques comme des chutes de glycémie (hypoglycémies réactives) ou la consommation d’alcool fragmentent également la nuit en déclenchant des hormones d’alerte. Enfin, le vieillissement et les changements hormonaux (grossesse, ménopause) augmentent naturellement la fragilité du sommeil face aux stimuli internes ou externes.
Est-il normal de se réveiller la nuit toutes les nuits ?
Il est tout à fait normal de se réveiller brièvement chaque nuit, car le repos est un processus cyclique ponctué de phases d’alerte physiologique. Jusqu’à un tiers des adultes déclarent des symptômes de réveils nocturnes, une tendance qui s’accentue avec l’avancement en âge. Médicalement, on ne diagnostique un trouble de l’insomnie que si ces éveils surviennent au moins trois nuits par semaine depuis plus de trois mois et dégradent votre fonctionnement quotidien (fatigue, irritabilité). Sans impact négatif sur votre journée, ces réveils sont considérés comme faisant partie du fonctionnement habituel de l’organisme.
Combien de réveils nocturnes sont normaux ?
La physiologie humaine intègre un grand nombre de micro-éveils invisibles : un jeune adulte en connaît 10 à 20 par heure, et un senior en bonne santé jusqu’à 27 par heure. Comme une nuit complète comporte 4 à 5 cycles de sommeil, les réveils conscients se produisent souvent lors des transitions entre ces cycles. Ils sont plus fréquents en seconde moitié de nuit, moment où la pression de sommeil s’affaiblit alors que le taux de cortisol remonte naturellement pour préparer l’éveil. Quelques réveils par nuit sont donc usuels tant qu’ils ne compromettent pas la satisfaction subjective de votre repos.
Pourquoi je me réveille toujours vers 3h du matin ?
Se réveiller vers 3h du matin correspond à un moment où la structure de votre sommeil devient plus vulnérable aux interruptions. À cette heure, la pression de sommeil accumulée durant la journée s’est largement dissipée, alors que le taux de mélatonine baisse et que le cortisol remonte pour préparer l’éveil. Votre nuit bascule d’un sommeil profond vers un sommeil plus léger et riche en phases paradoxales, durant lesquelles le cerveau est plus sensible aux stimuli. Cette transition entre les cycles favorise des éveils conscients, surtout si un état d’hyper-éveil latent maintient vos systèmes d’alerte actifs.
Pourquoi je n’arrive pas à me rendormir après un réveil nocturne ?
L’impossibilité de se rendormir résulte d’un phénomène d’hyper-éveil neurobiologique, où le cerveau reste dans un état d’alerte incompatible avec le repos. Cette difficulté est entretenue par l’activation du système sympathique et la persistance de ruminations ou de pensées intrusives nocturnes. Au fil du temps, un conditionnement s’installe : votre cerveau finit par associer l’environnement du lit à l’anxiété et à la veille plutôt qu’au sommeil. Plus vous faites d’efforts conscients pour dormir, plus vous stimulez vos centres de vigilance, ce qui prolonge la latence de rendormissement et fragmente votre nuit.
Les réveils nocturnes sont-ils liés au stress ?
Oui, souvent. Le stress influence la fragmentation du sommeil en provoquant une hyperactivité de l’axe du stress et du système nerveux sympathique. Les tensions émotionnelles augmentent la sécrétion nocturne de cortisol et l’activité des neurones à oréxine, empêchant le cerveau de maintenir un sommeil stable. Certaines personnes possèdent une forte « réactivité du sommeil », une tendance à mal dormir dès qu’une inquiétude survient. Des stress anciens ou chroniques peuvent ainsi modifier durablement les circuits de la vigilance, rendant le sommeil paradoxal instable et multipliant les réveils à cause d’une hypervigilance persistante.
L’alimentation peut-elle provoquer des réveils nocturnes ?
Oui. L’alimentation provoque des réveils en perturbant les équilibres métaboliques et thermiques nécessaires au repos continu. La consommation de sucres raffinés peut induire une hypoglycémie réactive nocturne, forçant le corps à libérer de l’adrénaline et du cortisol pour stabiliser le glucose.
Est-ce que manger tard le soir favorise les réveils nocturnes ?
Oui. Manger tard augmente la température corporelle et retarde les mécanismes physiologiques de stabilisation du sommeil. Un délai de 2 à 3 heures est généralement recommandé.
L’alcool provoque-t-il des réveils nocturnes ?
Oui. L’alcool peut faciliter l’endormissement mais il dégrade fortement la seconde partie de la nuit en supprimant le sommeil paradoxal et en augmentant les micro-éveils.
La caféine peut-elle provoquer des réveils nocturnes ?
Oui. La caféine est un puissant antagoniste des récepteurs de l’adénosine, la molécule responsable de la pression de sommeil. En raison de sa demi-vie prolongée (généralement de 2 à 10 heures, mais pouvant atteindre 20 heures chez certains individus), une consommation même matinale peut réduire l’efficacité du repos nocturne. Elle agit en augmentant le temps d’éveil après l’endormissement et en diminuant le sommeil lent profond, rendant la nuit plus fragmentée et moins restauratrice. Une dose de 400 mg prise jusqu’à 6 heures avant le coucher peut ainsi amputer la nuit d’une heure de sommeil et retarder la sécrétion de mélatonine.
Les réveils nocturnes sont-ils dangereux pour la santé ?
Les réveils nocturnes fréquents constituent un véritable stress métabolique et cardiovasculaire pour l’organisme. Une fragmentation excessive empêche le processus naturel de « dipping » (baisse de la tension artérielle nocturne), augmentant significativement le risque d’hypertension et de maladies coronariennes. Sur le plan métabolique, ces éveils perturbent les hormones de la faim (leptine et ghréline), favorisant l’obésité et le diabète de type 2. Enfin, l’instabilité du sommeil nuit au système glymphatique, chargé de nettoyer les toxines cérébrales comme les protéines bêta-amyloïdes, ce qui pourrait accélérer le déclin cognitif et le risque de maladie d’Alzheimer.
Quand faut-il s’inquiéter des réveils nocturnes ?
Il convient de s’inquiéter lorsque ces épisodes cessent d’être de simples incidents isolés pour devenir un trouble de l’insomnie chronique. Selon les critères cliniques, une prise en charge est nécessaire si les difficultés de maintien du sommeil surviennent au moins trois nuits par semaine depuis plus de trois mois. Le signal d’alarme majeur reste toutefois l’impact sur votre vie quotidienne : si vos réveils provoquent une fatigue marquée, une irritabilité, des troubles de la concentration ou une détresse psychologique durant la journée, ils ne doivent plus être ignorés. Dans ces cas, allez consulter !
Comment savoir si mes réveils nocturnes sont liés à l’apnée du sommeil ?
L’apnée obstructive du sommeil (AOS) est une cause fréquente de fragmentation souvent confondue avec l’insomnie. Plusieurs signes peuvent vous alerter : des ronflements fréquents, des réveils avec une sensation de suffocation ou le cœur qui bat vite, des maux de tête matinaux et le besoin fréquent d’uriner la nuit. Une somnolence diurne excessive, malgré une durée de sommeil en apparence suffisante, est également un indicateur clé. Si ces symptômes sont présents, une évaluation médicale par polysomnographie est indispensable pour confirmer le diagnostic.
Faut-il se lever en cas de réveil nocturne ?
La thérapie par contrôle du stimulus, une composante clé de la thérapie comportementale et cognitive de l’insomnie, recommande de se lever si le rendormissement ne survient pas après environ 15 à 20 minutes. Rester au lit sans dormir favorise un conditionnement malheureux où le cerveau finit par associer la chambre à l’anxiété, à la frustration et à la veille plutôt qu’au repos. En quittant le lit pour effectuer une activité calme sous une lumière tamisée, vous brisez cette association délétère pour ne revenir vous coucher que lorsque les signaux de somnolence réapparaissent. Cette discipline est essentielle pour rétablir un lien neurologique fort entre l’environnement du lit et un sommeil rapide et consolidé.
Les réveils nocturnes diminuent-ils avec l’âge ?
Au contraire, les réveils nocturnes ont tendance à augmenter de manière significative avec l’âge en raison de modifications physiologiques de l’architecture du sommeil. Le sommeil devient naturellement plus léger et fragile, avec une réduction du sommeil profond au profit des stades légers, augmentant mécaniquement le temps d’éveil après l’endormissement. Paradoxalement, bien que leur sommeil soit objectivement plus fragmenté, les personnes âgées rapportent souvent moins de mécontentement subjectif que les plus jeunes.
Peut-on traiter les réveils nocturnes sans médicament ?
Oui. Il est tout à fait possible, et même recommandé, de traiter les réveils nocturnes sans médicament grâce à la thérapie cognitivo-comportementale de l’Insomnie, considérée comme le traitement de première intention. Elle utilise des leviers puissants comme la restriction du sommeil, qui consiste à limiter temporairement le temps passé au lit pour augmenter la pression de sommeil et « compacter » la nuit. Des techniques de relaxation et de restructuration cognitive aident également à diminuer l’hyper-éveil nerveux. D’autres interventions non pharmacologiques, comme l’activité physique ou une exposition programmée à la lumière, peuvent renforcer ces résultats en stabilisant les rythmes circadiens.

Pour passer de la compréhension à la transformation
Si vous souhaitez aller plus loin, l’enjeu n’est pas d’ajouter des conseils, mais de structurer votre approche.
Le programme que j’ai conçu repose précisément sur cette logique :
- comprendre les mécanismes du sommeil
- identifier vos leviers prioritaires
- suivre votre évolution dans le temps
- ajuster vos actions de manière progressive
Concrètement, il s’appuie sur quatre étapes clés :
- une compréhension claire des mécanismes
- une cartographie personnalisée de votre situation
- un suivi structuré de vos nuits
- un guide décisionnel pour rester stable dans le temps
L’objectif n’est pas de multiplier les actions, mais d’agir de manière ciblée, cohérente et durable.
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