cholestérol
Anatomie et physiologie

A quoi sert le cholestérol ?

Les maladies cardiovasculaires constituent un ensemble de troubles affectant le cœur et les vaisseaux sanguins (cardiopathies coronariennes, maladies cérébro-vasculaires, artériopathies périphériques, thromboses veineuses…). Elles représentent la principale cause de décès dans le monde, avec 31% de la mortalité mondiale totale. On estime que 49 millions de personnes vivent actuellement avec l’une au moins de ces maladies dans la seule Union Européenne. Or, selon “l’hypothèse du cholestérol”, un taux élevé de cholestérol dans le sang représente un facteur de risque majeur pour le développement des maladies cardiovasculaires, alors qu’une baisse de ce taux peut en réduire le risque.

Sachez cependant que le débat fait toujours rage au sein de la communauté scientifique entre les tenants de cette hypothèse et leurs opposants. Débat qui se répercute donc nécessairement sur l’intérêt de prendre des médicaments anti-cholestérols (les fameux fibrates et statines) ou non…

Avant de revenir sur la place du cholestérol dans la genèse de ces maladies (à l’occasion d’un prochain article !), intéressons-nous à ses rôles. Car on ne peut comprendre l’importance de la controverse et la défiance grandissante à l’égard de ces statines, si on ne comprend pas toute l’importance que prend le cholestérol dans le fonctionnement de l’organisme...

 

Les grands rôles du cholestérol dans l’organisme

Au niveau moléculaire, le cholestérol est un alcool insaturé de la famille des stéroïdes. Voici à quoi il ressemble :

cholestérol

Source : Wikipedia

Bon, dis comme ça, cela ne nous aide pas beaucoup…

Et pourtant… Le cholestérol est essentiel au fonctionnement normal de toutes les cellules animales !

Un élément fondamental des membranes cellulaires

Ce fameux cholestérol est un élément fondamental pour la fabrication des membranes cellulaires. Il assure aux membranes de toutes nos cellules une fluidité suffisante mais non excessive nécessaire à leur bon fonctionnement. Autrement dit, sans cholestérol, la bonne structure de nos cellules ne serait pas assurée… et donc leur fonctionnement non plus !

Outre son rôle structurel, le cholestérol présent dans la membrane cellulaire intervient également dans :

  • la transduction du signal (le passage du signal) entre cellules,
  • dans le transport transmembranaire (passage de molécules à travers la membrane cellulaire),
  • la conduction du message nerveux le long des cellules nerveuses,
  • la reconnaissance entre cellules.

Ainsi, la présence du cholestérol dans la membrane est indispensable à la vie cellulaire. Il lui permet des échanges constants, de matières et d’informations, avec son environnement (les autres cellules et le milieu extracellulaire). La cellule peut alors être un système ouvert avec son milieu, et interagir en permanence avec ce qui l’entoure.

Le précurseur de nombreuses autres molécules

Le cholestérol a diverses fonctions biologiques. Il est le précurseur de plusieurs voies biochimiques. Cela signifie que cette molécule sert de base à la construction d’autres éléments importants pour l’organisme.

Par exemple, c’est à partir du cholestérol que le corps humain produit de la vitamine D, mais aussi les hormones stéroïdiennes et les hormones sexuelles. Il entre aussi dans la composition de la bile.

La vitamine D

La vitamine D est presque considérée comme une hormone aujourd’hui tant ses rôles et ses effets sont nombreux et importants dans l’organisme. Ainsi, la vitamine D intervient dans :

  • l’absorption intestinale du calcium et du phosphore
  • la minéralisation osseuse du squelette et des articulations
  • la tonicité musculaire.

De nombreuses études ont également mis en avant ses effets protecteurs vis à vis :

  • des cancers du sein, du tube digestif et de la prostate
  • des maladies cardiovasculaires
  • de l’hypertension
  • du diabète et de l’obésité
  • du déclin cognitif lié à l’âge
  • de la schizophrénie
  • de la sclérose en plaques
  • et de plusieurs problématiques lors de la grossesse

Manquer de cholestérol favorise donc la carence en vitamine D, et avec elle, augmente donc les facteurs de risques pour l’ensemble de ces problématiques.

Les hormones stéroïdiennes

Le cholestérol est nécessaire à la production du cortisol, de l’aldostérone et des androgènes surrénaliens.

Le cortisol est une hormone produite par les glandes surrénales qui joue de nombreux rôles dans l’organisme.

Il intervient ainsi dans la régulation des métabolismes lipidique, glucidique et protéique. Il inhibe l’action de certaines réponses du système immunitaire. Et il participe, avec la mélatonine, à la régulation du cycle circadien, entre autres !

L’aldostérone est une hormone clé dans la régulation de la volémie sanguine (c’est-à-dire le volume sanguin) et de la tension artérielle. Elle participe également à la régulation de la kaliémie, ou concentration du potassium dans le sang.

Les androgènes surrénaliens regroupent plusieurs molécules stéroïdiennes dont la DHEA, que l’on appelait autrefois “l’hormone de jouvence”. La DHEA est le principal précurseur des œstrogènes.

Le cholestérol est donc le précurseur de nombreuses hormones aux rôles fondamentaux dans le fonctionnement normal de l’organisme et au maintien de son homéostasie (son équilibre intérieur).

Les hormones sexuelles

Les hormones sexuelles, ou stéroïdes sexuels, sont essentiellement les œstrogènes, les androgènes (la testostérone en tête) et la progestérone. Ces hormones participent notamment à la régulation des cycles ovariens et à la préparation d’un utérus accueillant pour le fœtus chez la femme, et à la production des spermatozoïdes chez l’homme.

Elles sont donc indispensables à la reproduction et à notre survie, en tant qu’espèce. Remarquons d’ailleurs que les jeunes femmes anorexiques, dont l’organisme ne reçoit pas de cholestérol alimentaire et n’est plus capable d’en produire en quantité suffisante, sont le plus souvent en aménorrhée (c’est-à-dire n’ont plus de règles).

Sans aller jusqu’à l’anorexie, l’évitement systématique du cholestérol alimentaire couplé à une diminution chimique de sa production endogène (via les médicaments), laisse interrogateur quant aux capacités de reproduction. On peut légitimement se poser la question de la fertilité (ou de l’infertilité) dans ce cas de figure…

La bile

Le cholestérol est également un constituant des sels biliaires, composants essentiels de la digestion. Ils facilitent en effet l’absorption des lipides et des vitamines liposolubles A, D, E et K.

Le cholestérol et le cerveau

Importance des graisses pour le cerveau

Les lipides (graisses) présents dans le cerveau appartiennent à 3 grandes catégories, présents dans des rapports presque égaux :

  • les sphingolipides
  • les glycérophospholipides
  • et le cholestérol.

Ensemble, ces lipides sont impliqués dans le développement, la maintenance et de nombreux autres processus cellulaires du cerveau. Les lipides agissent comme des molécules de signalisation, comme source d’énergie, et contribuent à la fabrication des synapses (connexions entre neurones) et des neurones, entre autres.

Tous les évènements vitaux responsables du développement et du maintien des activités fonctionnelles du système nerveux dépendent du contenu lipidique unique trouvé dans les différentes régions membranaires des neurones.

Ainsi, toutes modification du métabolisme membranaires intracellulaire (y compris la diminution de la production endogène de cholestérol) altère la composition lipidique des membranes neuronales, biomarqueur courant dans de nombreux troubles neuronaux. Par exemple, la plupart des troubles et lésions du système nerveux central sont liés à une altération du métabolisme des lipides, tels que les maladies d’Alzheimer, de Parkinson, de Huntington, la schizophrénie, l’épilepsie et les troubles bipolaires.

Rôles du cholestérol dans le système nerveux

Le cholestérol, constituant vital du fonctionnement normal du système nerveux, joue un rôle important aussi bien au stade du développement (de la naissance à l’adolescence) que dans la vie adulte.

Le cerveau contient environ 25% du cholestérol total et est, à ce titre, considéré comme un organe riche en cholestérol.

Outre son rôle indispensable dans la transmission de l’influx nerveux (via sa présence majoritaire dans la gaine de myéline qui entoure les neurones notamment), le cholestérol joue également un rôle important dans la régénération nerveuse. Et inversement, sa dérégulation métabolique est considérée comme l’une des causes de plusieurs troubles cérébraux majeurs.

Ainsi, des études ont montré que les nerfs blessés répondent positivement au cholestérol fourni de manière exogène. D’autres études indiquent également que des taux un peu plus élevés que les “normes officielles” chez les personnes âgées aideraient à prévenir les maladies neurodégénératives, Alzheimer et Parkinson en tête.

Une fois encore, abaisser artificiellement les taux de cholestérol dans le but hypothétique (j’y reviendrai dans un prochain article) de prévenir les maladies cardiovasculaires, semble s’accompagner potentiellement d’effets indirects péjoratifs pour la santé du système nerveux et de notre cerveau !

 

Remarquez que je ne vous ai parlé jusqu’ici que du cholestérol… et non pas des cholestérols ! Car il n’existe pas plusieurs molécules différentes de cholestérol dans notre corps. Que sont donc ces fameux LDL et HDL ?

 

Circulation du cholestérol dans l’organisme

Le cholestérol étant principalement une molécule lipophile (littéralement “qui aime les graisses”, et par extension pas vraiment l’eau !), il ne se dissout pas bien dans le sang. Un peu comme un gouttelette d’huile à la surface d’un verre d’eau…

Afin de mieux circuler dans le sang, qui est majoritairement composé d’eau, le cholestérol est donc emballé dans des molécules de transport appelées lipoprotéines. Il existe 5 lipoprotéines différentes dans le sang, mais on ne s’intéressera ici qu’aux deux principales : les LDL (lipoprotéines de basse densité) et les HDL (lipoprotéines de haute densité).

On pense que les LDL agissent comme un important transporteur de cholestérol vers les tissus périphériques, car au moins les 2/3 du cholestérol en circulation résident dans les LDL.

A l’inverse, les HDL font l’inverse. Elles prennent en charge l’excès de cholestérol et le renvoient au foie, d’où il sera excrété via la bile.

C’est pour cela que l’on considère parfois que les LDL sont une mesure du “mauvais” cholestérol et que les HDL sont des marqueurs du “bon” cholestérol. En fait, ces molécules ne sont ni plus ni moins que des transporteurs du cholestérol qui font leur job ! Les termes de “bon” ou “mauvais” ne sont que des simplifications extrêmes d’une réalité biologique bien plus complexe et font partie de la “théorie du cholestérol”, sur laquelle je reviendrai.

 

En guise de conclusion…

Vous comprenez mieux maintenant, je pense, l’importance du cholestérol dans l’organisme… Et les doutes qui s’élèvent depuis maintenant de nombreuses années sur la pertinence d’en faire baisser artificiellement les taux.

En effet, le cholestérol joue un rôle crucial dans plusieurs de nos mécanismes cellulaires et tissulaires. Il n’est donc pas surprenant que la réduction agressive du taux de cholestérol dans le corps ait des conséquences multiples…

De plus, cibler des apports en cholestérol et en lipides en préconisant des régimes pauvres en graisses peut réduire l’absorption et la biodisponibilité d’autres lipides contenant des nutriments de grande valeur (dont les vitamines liposolubles A, D, E et K). Autrement dit, l’homéostasie doit être maintenue, y compris pour le cholestérol HDL et LDL.

Et c’est probablement vers d’autres facteurs de risques qu’il faudra rechercher les coupables des maladies cardiovasculaires, qui, elles, continuent à faire des ravages…

 

Sources et références scientifiques :

Image : Adam Engelhart from Flickr

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